Des noms sur des fleurs

Rien de tel que le Jardin des Plantes pour s’instruire en flânant. J’aurais dû y penser bien plus tôt. C’est exactement ce qu’il me fallait. Des petites pancartes pour me fixer l’esprit. Des noms sur des choses. Enfin. Des plantes que je n’avais encore jamais connues autrement que par les yeux. Des distinctions. Entre l’argousier et l’olivier. L’arbre du clergé que je suis sûr d’avoir déjà vu dans ma vie. Pareil pour l’heuchère velue. Bien sûr. L’œnanthe safranée au lieu de la ciguë. Tout ça sous le regard énorme et brillant des corneilles qui secouent leurs ailes luisantes entre les feuilles d’un énorme prunus dont ce n’est plus la saison des fleurs, et sous le chant onctueux des merles. Quand je les entends je me rappelle quand ma mère faisait des gâteaux et que j’avais la permission de mélanger la pâte, à moins que le sable crisse comme du sucre sous nos pas.

Tiens, un dragonnier des Canaries. Les gens sont calmes derrière leurs verres teintés, amoureux, curieux, photographes avec un petit sac en cuir sur le dos et le pas concentré qui piétine, prenant garde ou non à ne pas marcher sur l’herbe, ou la bouteille vide coincée sous le bras qu’on se refuse à jeter, les mains prises avec des choses légères qui se balancent quand on marche et qui apaisent, les doigts sur le verre du téléphone qu’on lit assez mal en pleine lumière. Je crois que les bananiers ne sont pas tout à fait sous la bonne latitude. C’est bientôt l’Allée Georges Ville, les platanes qui n’ont pas eu droit à leur petit panneau je crois avec leurs feuilles toujours à l’envers et plus claires quand ça souffle, le manège immobile avec des animaux qui font penser à Zarafa débarquée de Marseille jusqu’ici et d’autres, soit fantastiques, soit préhistoriques quand on s’approche plus près, le papa qui lit sur le banc, la maman qui salue l’employé et qui demande s’il prend la carte bleue. « Bon c’est pas très grave, chéri. On en fait tout le temps du manège. » Oui, mais c’est pas tous les jours qu’on peut monter sur le dos d’un dino.

Les filles voudraient aller à la Mosquée. Ah oui c’est vrai. Un petit thé. En attendant la décision générale, on remet son pull avec un regard qui se fige sur le gros nuage fautif, une jambe tendue et l’autre lâche. Les merles se dandinent sur la pelouse, assez peinés par l’herbe bien plus épaisse pour eux que pour nous, donnant parfois l’impression de s’agacer contre les boursouflures froides et vertes, sautillant quatre ou cinq fois avant de finalement s’envoler pour regagner le secret des branchages. Oh ! De la cinéraire maritime avec ses feuilles qu’on dirait toujours couvertes de cendre sale. Des lupins. Et ça ? Je ne trouve pas la pancarte.

Je ne trouve pas sa pancarte. Comment s’appelle-t-elle ?

« Tu as bien travaillé, tu as eu des bons points et de belles images ? » Tout est là. La glace après l’école. Mamie avec cette voix un peu forcée et trop claire. Maman qui surveille le vêtement et les éclaboussures. Je n’entends pas sa réponse. Il a dû faire oui de la paupière, craignant le moindre de ses gestes, l’œil et l’esprit trop pris par une éventuelle catastrophe climatique. Les ados, la veste en cuir, les bras croisés sur le ventre, le smartphone sur le flanc, les pieds au chaud dans de petites baskets blanches qu’on aime, le rire qu’on sait envoyer de temps en temps pour les copains et le regard qui ne trompe pas pour peu qu’on veuille bien se regarder vraiment les uns les autres, au lieu de taper du pied, de faire crisser sa semelle en craignant la poussière, de s’agiter comme toujours pour les autres. Et ceux qui n’arrivent pas à lire sur leur banc, avec de petits coups d’œil aux passants. La solitude à coups de crayon et de gomme sur la page ouverte des mots croisés. « Bon alors, tu l’as eue ta libellule ? – Non mais mon téléphone il est ignoble. Il fait vraiment des photos dégueulasses. – Ah, ils sont pas fous, ils n’ont pas mis de la sauge des devins. » Robes et fleurs. Photos. On s’accroupit pour les poissons. DANGER. Cette fois-ci le panneau est rouge. Vous êtes tenus de rester au bord des bassins… « Allez, le premier qui trouve une grenouille ! » – Les acanthes à feuilles molles ont la couleur et l’épaisseur d’un ciel d’orage, et on dirait, à ne regarder qu’elles, qu’il va pleuvoir bientôt. Il fait froid.

2 commentaires sur “Des noms sur des fleurs

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