Des bières et des abeilles

Voilà.

Me revoilà plutôt. Au milieu. Des rires comme du verre qui se fait et qui finit fendillé. La lumière sans reflet du ciel sans pluie. Voilà. Mes oreilles en marche. Au milieu de la terrasse, invisible et présent. « Je suis venu réserver une table. – Mais attends, qu’est-ce qui se passe ? » Le serveur demande. « Eh bien, je suis allé chez le coiffeur, et… » J’ai oublié la suite. « Y aura peut-être Michel. » « Comment tu vas ? Ça fait longtemps qu’on t’a pas vu… »

Il va bien. Le serveur retourne à ses affaires avec aisance, du verre dans chaque main. Les sourires comme des ailes, qui finissent comme des abeilles qui virevoltent autour de la ruche. Il a pris une bière dorée. Un copain à lui que je n’avais pas vu, assis à la table voisine. « Et je me joins à toi. Le temps de finir ma bière et je te laisse tranquille. » Le coiffé lui répond, heureux de l’avoir en face. « Non mais… » C’est drôle, il parle de Marseille. Encore. L’homme n’a rien à voir avec celui de l’autre fois, mais le bord-de-mer revient entre les mots. « A la Ciotat y a six pubs… Je sais où habiter… Mon petit verre à la boîte de nuit… Les oiseaux se cachent pour mourir, tu sais… » L’autre réfute par politesse, mais il continue : « Non, mais tu sais, j’aime pas les vieux… » Le serveur repasse par chez eux. Le coiffé : « Tu veux une clope ? J’ai amené deux paquets… » Le serveur refuse. Ça cause équation. C’est 400 euros qui partent tous les mois. Il est bavard, la voix un peu trempée de bière, riant de ses propres plaisanteries, habitué de lui-même et du quartier, sachant à l’avance la fermeture des commerçants du coin. L’autre est parti régler, et ressort du bar en le saluant des doigts. Chacun sa vie.

Un couple parle en anglais plus loin. D’autres, à ma gauche : l’histoire que l’un d’entre eux a eue avec les contrôleurs dans le métro. Doit bien avoir une amende au milieu, comme une cerise. Sinon c’est pas drôle. L’anglophone rit, la tête penchée tandis que ses cheveux la suivent, dociles et bruns. Elle rit en même temps qu’elle a ce visage qu’on a quand on pense, tout en continuant, l’accent loin des lignes mornes du parler d’ici.

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