Café d’octobre à Golfe Juan

Café. Quelque part sur l’AVENUE DES FRÈRES ROUSTAN. Devant moi quatre retraitées bières et Perrier. Golfe Juan. Les cordages à ma gauche craquent et chuchotent sous un ciel de laine grise. L’avenue a cette odeur de platane que j’aime qui flotte entre quelques voitures. J’écoute : ma voisine de dernière faire des bulles au fond de son verre qui termine, les mamies partir en confondant le serveur (« Je travaille pas là ! »), un papi s’installer à leur place au téléphone avec un accent confortable, sandwich coincé dans son papier d’aluminium qui grince sous ses doigts affamés, les vendeurs de poisson en bas qui brassent de la glace comme on remue des graviers quand on fait des travaux ; quelques enseignes avec des numéros de téléphone blancs sur fond bleu classique ; une devanture de restaurant qui semble abandonnée ; la serveuse qui revient avec une bière et la lumière qui dessine une grimace sympathique sur ses lèvres et ses yeux habitués. Les bateaux de plaisance qui patientent sans bouger ; plus loin, des palmiers, pour faire estival toute l’année sans doute, comme des pinceaux qui barbouillent le ciel et qui me donnent à comprendre la forme des nuages tout d’un coup.

L’heure du déjeuner qui disperse les gens. Rien. Quelques conversations au bord de la route mangées trop souvent par les bruits ; une mouette couleur ciel que je vois plonger dans la mer, puis s’assoir carrément seule et reine au milieu du môle. Rien. L’air frais de la mer. Je ne pense même plus au Petit Caporal, ni à l’Elbe ferrugineuse, ni aux Cent-Jours. Je sais qu’il est passé par ici, qu’il a pris une route qui porte son nom maintenant, qu’on a dû être fasciné par son retour qui ne lui donnera pourtant pas ce qu’il espérait. Le littoral est rempli d’agences qui vendent des bateaux de luxe, d’Italiens, de mamies qui racontent des trucs que leur homme ne semble pas prendre la peine d’écouter, de voitures puissantes et de silence d’automne. Rien. Il fait très bon, comme en Ligurie à la même époque.

Il faut que je me lève, que j’aille payer, que je cherche la Route. La voilà. Un panneau turquoise avec l’emblème dessiné, du gouano ou de la peinture écrue dessus ; au-dessus, un autre, plus large, blanc celui-ci avec une écriture bleue : Ici commence la Route NAPOLÉON. Une vieille femme s’arrête justement, prend le panneau en photo ; elle doit se demander ce que je fais là : j’en suis sûr, au regard qu’elle me jette entre deux clics, debout sur le dallage un peu porphyre, creuvant de chaud dans mon manteau de demi-saison, à me sentir stupide d’être planté, debout, mon gros sac qui me gêne, furetant, cherchant désespérément l’antique tracé qui devrait remonter tout droit vers la capitale, les yeux stupidement arrêtés par la ligne de chemin de fer et son grillage blanc usé, les quelques bougainvilliers derrière et leur violet typique un peu passé et trop rare à mon goût, les quelques palmiers froissés, la gare que je ne vois pas mais que je sais juste là. Voilà. Plus rien. J’ai chaud. Je regarde encore les bateaux, les directions ; tout droit vers CANNES, la Plage du Soleil et l’Office de Tourisme ; derrière, JUAN Les PINS (sans tirets). Je me souviens de 1964, d’Ella Fitzgerald sur l’arrière-plan des cigales, de l’été et des tauromachies sur céramique de Picasso.

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