Bonnes pensées dans l’aube

La Place Castellane, à l'aube, point de départ de l'avenue du Prado.
La Place Castellane au matin.

Croquis assemblés

Il y a le vent. Le vent toujours. Froid. Du Mistral peut-être. Je sais pas trop où sont les frontières, de toute façon. Comment vraiment savoir. C’est glacial, ça souffle, ça suffit pour se glisser sous le jeans, et si les chaussettes trop courtes sont restées en été, c’est la fin, ça s’immisce, serpentant sournoisement dans le moindre espace pour atteindre une chair déjà sensible, réveillée à fleur de sang par une sonnerie sans pitié. Le café vient à peine rétablir l’équilibre, ensuite, alors que la nuit traverse encore les fenêtres et que les guirlandes se balancent comme des perruches dans leur immense cage de vent. La douche, chaude, perturbe encore les valeurs de la peau, comme un royaume intra-utérin perdu trop tôt peut-être. La douche, c’est l’eau de la sagesse humaine,  c’est l’eau douce et domptée, c’est la température qu’on choisit, c’est un petit bout de paradis, même solitaire. La douche, c’est la bénédiction du matin, c’est l’étoile liquide, c’est l’eau qui lave le corps et qui lance une chanson au milieu de l’esprit qui s’apaise, ou qui pense à la journée qui s’annonce, mais tranquillement, sans trop serrer les dents, et même ce qui énerve ou ce qui énervera dans le futur avec notre semblable prend un peu de hauteur. Y a moins de haine sous la douche. Juste un peu de bonheur en forme de gouttelettes. 

Castellane et les matins comme on les aime. Le ciel aussi beau qu’un papillon, les arbres nus mais qui décorent encore avec leurs écorces striées comme des ailes. Le marché en désordre, les clients qui sans doute peinent à s’arrêter vraiment aux étalages, les oliviers tanqués dans leur pot, fatigués du vent froid qui s’agrippe à leurs feuilles. Une jeune fille brune, avec un manteau l’air d’une hussarde sans cheval, pas perdue pour autant dans tout ce froid qu’elle affronte avec l’air fier des gens qui pensent beaucoup. Le soleil s’est assis tranquillement aux balcons et sur les vitres propres. Rouges, verts, feux universels, j’attends que mon bus démarre. « Oui monsieur. » Le chauffeur m’a interdit de manger dans le bus. Vraiment c’est beau, tout ce soleil qui tourne à plein régime. Comme il a l’air confortable, habitué dans cette ville bénie qui ne connaît pas trop autre chose que lui ! J’aimerais convertir tous les dormeurs à l’aube. Qu’ils voient ce que l’on voit quand on dort pas trop tard, qu’ils aiment ce ciel un peu pâle et pourtant si loin de la mort. Qu’ils admirent les dernières feuilles changées en pierres précieuses sous le grand rayon. Et les montagnes, vers la Pointe Bleutée, qui se découpent sous le bleu du ciel comme d’immenses constructions d’enfant, comme des pages noircies à l’encre divine que les anges révisent et corrigent chaque nuit. Ça fait des années maintenant qu’il n’a pas vraiment plu, mais la terre courbe le dos sous le soleil sans rien dire, en se contentant d’une rosée aussi pâle que le ciel. Et les gens vivent dans le flanc des collines, viennent y dormir, sans craindre rien d’autre que le froid de l’hiver, et tout autour, au milieu du grand bal végétal, le vert domine et demeure malgré la sécheresse. Le clocher d’une église s’adresse au ciel, fièrement dressé, sans honte, éclatant et reproduisant ce mélange de soleil et de ciel qui vient s’étendre sur les alentours. 

Et tout est doux. La journée se sanctifie d’elle-même. 

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